Et en plus, je vais l’acheter. Na !

Disons que Saez n’a jamais vraiment été un gai luron comme peut l’être Elona Mitrecey par exemple. Pour lui, l’oiseau est en cage, l’enfant travaille dans une usine en Chine et la chèvre a été sacrifiée. On est loin du pays des merveilles… Et pourtant…

Après 5 albums (6 en comptant celui sous son pseudonyme « Yellow Bicycle »), ce n’est pas une surprise. Il nous est donc revenu en mars avec un 6ème,  « J’accuse », sous son nom de scène d’origine. Pamphlet plus rock que les précédents, Saez s’y livre à une dénonciation des innombrables défauts de notre société moderne et de leurs conséquences. Autant dire qu’il n’y va pas de mains mortes le Damien.

La mollesse des féministes, le rythme asservissant de nos journées passées à travailler pour d’autres, l’individualisme qui nous anime (« aujourd’hui, c’est tous différents dans la même merde, aujourd’hui c’est chacun sa gueule et j’t’emmerde… »), notre dépendance à l’argent… tout y passe. Notre société est pourrie, on le savait, il le répète haut et fort, jusqu’à être censuré. Son affiche, montrant une femme nue dans un caddie, a été jugée dégradante pour la nature humaine par l’ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité). Elle a également déclenché la colère, fureur n’étant pas approprié, des féministes dont il dénonçait le manque de couilles. Coup de pub ou réel message? Peu importe, l’important est ce qu’on en retire. Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, le fait est que l’on ne peut nier le talent de sa plume, la véracité de ses propos et la beauté de ses compositions.

Dans cette opus, tout est bon à prendre. Je crois n’avoir pas autant écouté un album en boucle depuis son premier, la crise d’adolescence ayant eu le temps de passer entre temps. Quoique. Il commence avec « Les anarchitectures », texte récitée sur le plateau de « Ce soir ou jamais », en présence d’une féministe qui n’a pu que saluer son talent d’écrivain. Vient ensuite « Pilule » et la musique commence. Un rythme saccadé rappelant le tic tac d’une montre, pour dénoncer un esclavagisme moderne dissimulé sous un costume de libre arbitre inexistant. («  trois jours dans le métro moi je suis le troupeau / direction l’abattoir à quatre pattes sur le dos / ils me mettront comme ils ont mis mes parents et les tiens / pour qu’un putain d’actionnaire nage avec les dauphins »). Suit la chanson « cigarette », où l’étalage continue, expliquant notre abandon de nos rêves pour une course à l’argent et au sexe. (« les mômes ne rêvent plus de marcher sur les lunes /Ils rêvent de savoir comment se faire de la thune./ Y’a une époque les filles avaient le poing levé / Aujourd’hui c’est plutôt culottes baissées »). Fumeur, il finit sa chanson par un dithyrambe à sa blonde, entendez par là sa cigarette, elle aussi censuré dans les bars. « Des p’tits sous », « Sonnez tocsins dans nos campagnes », « J’accuse », « Les cours des lycées », « Les Printemps », autant de chansons énumérant nos « besoins », nos envies, créés on ne sait comment mais régissant nos actions. N’allez pas confondre, il ne critique pas le travail, il critique son nouveau but. Il sait que pour vivre il faut de l’argent, mais regrette qu’il en faille autant pour vivre. (« J’me balade dans les grandes surfaces  / J’ai pas assez mais faut payer / Je cours au gré des accessoires / Et des conneries illimitées / Les gens parlent mal, les gens sont cons / Au moins tout aussi cons que moi / A se faire mettre à s’faire baiser »). Certes, les paroles sont violentes, crues mais elles n’en restent pas moins belles et criantes de vérité. Une musique bien rock emmène le début de l’album, laissant émerger un calme acoustique et folk sur les dernières chansons, en adéquation avec des textes plus légers.

Éternel engagé, d’une sincérité touchante, d’une intelligence et d’une sensibilité flagrante, Damien Saez nous offre un album à écouter pour la beauté de ses textes. Il ne délaisse pas sa manière étrange de prononcer les « é » et les « o », sorte de marque de fabrique souvent agaçante. Pour ma part, je préfère ne pas m’attarder là dessus. Il traine avec lui l’image de ses œuvres précédentes, pouvant lui être négative et amenant certains à ne pas vouloir prêter attention à ce « J’accuse » moderne. Une chose est sûre, il ne laisse pas indifférent. Aimé ou détesté, enfant chéri ou écrivain maudit, il pose ici un opus gorgé de sens et de fougue. Je vous conseille de l’écouter, au moins une fois, pour sa plume. Une plume d’oiseau de mauvais augure, mais pourtant si belle. Je ne donne que mon avis, car après tout, c’est aussi pour ça qu’il se bat.

Vous pouvez écouter l’album sur Deezer en cliquant sur ce lien.

Paco

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