São Paulo : Pra sempre no corazão

São Paulo,

São Paulo, l’ouvrière, la businesswoman, la futuriste. 6ème plus grande ville du monde (7ème selon les classements), elle est la plus grande ville de l’hémisphère sud. Caetano Veloso disait sur elle dans sa chanson éponyme, « j’ai appelé mauvais goût ce que j’ai vu, de mauvais goût le mauvais goût, c’est que Narcisse trouve laid ce qui n’est pas miroir ». São Paulo n’est pas belle comme peuvent l’être Salvador de Bahia, au Nord du pays, ou même Rio de Janeiro, sa voisine à 430km à l’est.

Capitale économique du pays, elle compense son austérité par un dynamisme et une joie de vivre propre aux brésiliens. On ne va pas à São Paulo en touriste, on y va pour travailler, étudier, sortir. Il n’y a pas la mer, il n’y pas de monuments caractéristiques du Brésil aux yeux des touristes comme l’est le Christ Corcovado de Rio.

Et pourtant, quand on y a vécu, elle vous laisse un doux souvenir. Une envie d’encore qui ne s’explique pas aux premiers abords quand on voit cette forêt d’immeubles gris et ses avenues dignes des grandes villes américaines. São Paulo s’explique avant tout par ses habitants, les Paulistanos. A ne surtout pas confondre avec Paulistas qui sont ceux qui sont nés dans l’état de São Paulo.
Les Paulistanos, à l’image des brésiliens et des sud américains en général, sont ouverts, souriants et plein d’entrain. Comment ne pas être frappé par ces qualités quand, au détour d’une rue, et demandant son chemin à un de ses habitants, on le voit s’agiter dans tous les sens et appelant ses amis pour répondre au mieux à la question.
On pourrait dire d’elle que c’est une « ville-surprise ». Car en se réveillant le matin, et en se laissant porter par les événements, il est fréquent de terminer la journée dans une soirée où l’on ne connait qu’une personne, qui nous à amener là par hasard, mais toujours avec la même constante : un accueil les bras ouverts et avec le sourire qui vous laisse le sentiment que de toute façon, vous étiez attendu.

Une si grande ville ne peut être témoin que des inégalités de richesses de ce pays dont l’économie est aujourd’hui plus grande que celle du Canada. Ses 1 572 milliards $ n’empêche pas son revenu moyen par habitant d’être 5 fois inférieur à celui des canadiens. Imaginez une population de 11 037 593 habitants réunit un territoire de 1500 km².

Pour tenter une comparaison, c’est comme si 1/6ème de la population française se donnait rendez-vous en Guadeloupe, qui n’en compte que 386 600 en temps normal. Les inégalités de richesses sont donc nombreuses et la ville s’est entourée de favelas, quartiers construits illégalement dont la pauvreté de ses habitants est inénarrable.

São Paulo est réputée pour être une ville dangereuse et si vous vous faites agresser, les conseils des autochtones sont de garder son calme et de suivre sans sourciller les ordres des pilleurs qui agissent très rapidement à moto. Cependant, l’important pour être tranquille est de ne pas montrer de signes ostentatoires de richesse. Voir une intervention policière laisse à penser que le danger ne vient pas forcément des pilleurs. Si vous pensez que les policiers français jouent les cowboys, vous changerez d’avis quand vous aurez vu le contrôle d’identité d’un marchand ambulant, plaqué contre le mur par deux policiers armés, dont l’un continu de le braquer de son arme même après la fouille.
Mais être une grande ville n’apporte pas que des problèmes d’insécurités. Cela peut être bénéfique. Comme toutes les cités sud-américaines, elle est le fruit de l’immigration de différents peuples. La communauté italienne y est très importante. 60% des paulistanos ont un ascendant italien. Elle est d’ailleurs surnommée la capitale des italiens. Ils célèbrent chaque année les fêtes propres de leur communauté dans les quartiers de Bixiga ou de Braas. Le quartier Japonais, Liberdade, abrite de nombreux restaurants et également le musée historique de l’immigration japonaise, ethnie elle aussi très fortement représentée. C’est également la plus grande communauté japonaise hors japon dans le monde. Portugais, espagnols, allemands, syriens, arméniens, africains : c’est une ville cosmopolite, comme l’est le pays tout entier, ce qui explique la grande tolérance de ce peuple qui vibre pour les mêmes activités.
Et qui dit vibrer à São Paulo, dit futebol (prononcé foutchebaul). La ville possède 5 clubs de football professionnels dont 3 évoluent en Série A (3 autres clubs de l’état viennent grossir les rangs) : Palmeiras , Corinthians et Sao Paulo FC qui jouent respectivement dans les stades Palestra Italia, Pacaembu et Morumbi. Ce dernier est désigné pour accueillir les matchs de la coupe du Monde 2014 qui auront lieu à São Paulo. Les Corinthians, compte actuellement dans leurs rangs Ronaldo et Roberto Carlos, joueurs emblématiques brésiliens.

Comme dans toutes villes, deux clubs sont toujours opposés. Ici, ce sont les Corinthians contre le SPFC , le premier supporté par les classes populaires, le second par les classes plus aisés. Mais à São Paulo comme partout au Brésil, le futebol fait vibrer ses habitants avant tout via la Seleção. Les brésiliens sont fiers d’elle et savent qu’ils restent les meilleurs dans ce sport. Ils ont l’amour du ballon rond et la passion du geste bien fait. Pour eux, ce sport est une danse qu’ils exécutent avec ferveur. S’il vous est donné d’assister à un match, il vous faut voir jouer une équipe brésilienne contre une argentine, car ces deux pays, ennemis jurés dans ce sport, vous offriront un match inoubliable : sur le terrain grâce à leur joueurs, comme dans les tribunes par l’enthousiasme de leurs supporters.
Je prends pour exemple le match retour de seizième de finale de la Copa Sudamericana 2007, joué entre São Paulo FC contre le Boca Juniors au Morumbi. Un stade de 80 000 places plein à craquer, une ambiance de folie, des joueurs aussi survoltés que leurs spectateurs. Après avoir perdu 2-1 à l’aller, Le SPFC l’emporte par 1-0 et se qualifie donc in-extremis pour les quarts, sous le regard bienveillant de leur mascotte, un Saint Paul portant le maillot du Club. Les quarts contre les colombiens de Millonarios se joueront dans un stade quasi vide qui verra son équipe perdre 0-1.

Et comme le futebol n’intéresse pas tout le monde, les paulistanos vibrent aussi au son des moteurs de formule 1, dans l’un des derniers grands prix de la saison, qui à lieu sur le circuit Interlagos. Ayrton Senna, champion brésilien de Formule 1, est né à São Paulo. Sa mort, lors du Grand Prix de San Marin, sur le tracé d’Imola, a tristement marqué les esprits, le lendemain même de celle de Roland Ratzenberger à quelques mètres sur le même circuit. Il eut des funérailles nationales et 3 jours de deuil national furent décrétés. La présence du pilote, héros national, marque encore les esprits comme le montre des graffitis dessinés un peu partout dans la ville.
Toute cette agitation donne faim n’est ce pas ? Pourquoi ne pas s’arrêter dans une lanchonete et savourer quelques salgados en buvant une boisson rafraichissante ? Parce qu’il fait chaud à Sampa.
Les lanchonetes sont des snack-bars, ouverts sur la rue, où l’on peut manger pour presque rien. Certes, les bières sont bien moins bonnes qu’en Europe et pour en trouver une digne de ce nom, il faut aller à l’Oktoberfest de Blumenau, mais elles restent une boisson très consommée. Antarctica, Brahma, Skol, Nova Schin, Bohemia, etc… Autant de bières propres au Brésil qu’il faut savourer très fraiches pour améliorer le goût… Ou le masquer qui sait.

Si jamais il vous reste quelques reals, autant prendre une caïpirinha, cocktail à base de cachaça, eau de vie de canne typiquement brésilien. Le nom vient de paysan qui se dit caipira.
Le serveur le fait devant vous. Citron vert, sucre, cachaça et de la glace pilée. Une paille et c’est parti. Ça coute trois fois rien et c’est tellement bon, pourquoi s’en priver ? Quoi ? Vous ne buvez pas d’alcool ? Pas grave, prenez une Guarana. Il s’agit d’une boisson pétillante à base des graines de la plante portant le même nom. On n’en trouve pas en France. C’est bien dommage d’ailleurs.

Pour les petites faims, les salgados sont parfaits. Sorte de tapas brésiliens, ce sont des beignets, fris ou panés, à base de fromages (quiejo), de poulets (frango) ou de viandes. Le Pão de Quiejo, pain de fromage, est le plus connu et le plus consommé. Même les snacks dans l’Université, qui remplacent les distributeurs, en proposent.

Sinon, les lanchonetes proposent différents types de Burger, dont le X-Burger (comprendre cheeseburger). Pour les plus grandes faims, la feijoada est plus appropriée. Plat typique à base d’haricots secs (feijao) de riz et de viande de porc, il est possible d’en consommer partout car les haricots et le riz sont très faciles à cultiver au brésil et donc ne coutent pas cher.
Bien qu’étant un « plat du pauvre », il est préparé par toutes les classes sociales. Dans les cantines et restaurant d’entreprises, le riz et les haricots se retrouvent quotidiennement dans les menus, accompagnés de salades. Seule la viande change.

Pour les faims insatiables, il existe les rodizios, buffets à volonté d’une spécialité : Rodizio de salgados, de sushis, de pizza, ou même de Churrasco (viandes au barbecue). Le Paulista grill, rue João Moura, près de l’avenida Rebouças, est le plus complet et le plus cher mais également le meilleur pour ceux qui souhaite avoir le choix le plus large de plats.

Bien sur, il n’y a pas que la nourriture qui importe, il est également possible de sortir à Sampa.

Ses deux musées, le MASP (pour Museo, de Arte de São Paulo) et la Pinacoteca do Estado de São Paulo, qui est le plus important du Brésil sont remarquables, autant par l’architecture de leur bâtiment que par la composition de leur collection.
Ouvert tous les jours de l’année, le marché municipal de SP est un lieu vraiment agréable où passer du temps, on y trouve tous les types de fruits, de viandes, de poissons, de l’artisanat et un snack pour se restaurer.

Quand à sortir dans un bar à la nuit tombée, l’O do Borogodo, en bas de la rue Teodoro Sampaio, est un bar où se réunit une grande communauté d’internationaux, aux portes du quartier de Vila Madalena. Et il suffit de marché 50 mètres de plus, pour croiser la route d’un petit bar, le Pao Brasil, sorte de baraque d’à peine 40m², où des musiciens, payés avec des bières jouent leur musique entrainante sans se soucier de l’argent des touristes qui s’agitent dans les « baladas » d’à côtés (lieu de sortie). Sortir n’est pas un problème, des baladas, il y en a partout.

Et pour tous les goûts, du luxueux SkyBar, perché au sommet d’un hôtel en forme de bateau, avec ses lumières, sa piscine et sa vue unique sur la ville, aux petits barzinho de Pinheiros, quartier mitoyen de Vila Madalena, voir même le Sarajevo, discothèque sur plusieurs étages à plusieurs ambiances, située près de la Paulista, avenue principale de la ville.
Quant à la vie d’européen dans cette ville agitée, elle est douce, bien douce. Car le loyer pour un appartement de 60m², meublé avec deux chambres dans un immeuble surveillé, avec sa laverie, sa salle de sport et sa piscine, avoisine les 800€. Autant dire qu’un étudiant, qui le partagerait avec 3 autres camarades, s’en sortirait pour moins de 200€ par mois. Une vie de prince qui permet de profiter de plus de sorties, de X-Burger/Guarana en lanchonete et même de voyage.

Car si dans la ville, on se déplace en bus ou en métro, il faut savoir que pour voyager dans le pays, il y a l’avion ou le car, dont le réseau à travers l’Amérique du Sud est aussi développé que le train en Europe. Le réseau de bus de la ville est développé mais par contre, impossible de suivre des horaires fixes, à cause de la circulation, très dense et souvent accidenté. Mais ce n’est pas grave, car au fil des jours, on apprend à se laisser porter par le rythme de la vie, ce rythme propre au Brésil, ne subissant aucun horaire, aucune contrainte. Personne n’arrive à l’heure, mais de toute façon, personne ne le remarque. La devise de la ville n’est pas « Non ducor, duco » pour rien. « Je ne suis pas mené, je mène ».
São Paulo n’est pas une ville qui se visite, c’est une ville qui se vit, au rythme de ses soirées, de ses rencontres, de ses expositions. Bien que privé des atouts qui font le charme des autres villes brésiliennes, elle n’en reste pas moins vivante et joyeuse, malgré le gris de ses immeubles. A 2h de la côte, Sampa est une cité complète, mélange de dynamisme et modernité, remplie par les qualités humaines des Paulistanos et leur enthousiasme.

Paco
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